PROGRAMMES DE RECHERCHE EN COURS

« La formation des opinions économiques. Enquête transatlantique sur les processus de socialisation scolaire dans le supérieur », dirigé par Olivier Godechot [Sciences Po] et Paul Sabourin [Université de Montréal]

Les travaux développés dans cette thèse de doctorat s'articulent autour de trois grands axes. À partir du traitement statistique de plusieurs séries de données ministérielles, nous proposons, dans un premier temps, une exploration empirique de l'offre de formation économique en France et portons au jour ses principaux principes de polarisation (selon les types de curriculum, les caractéristiques des étudiants et des corps enseignants etc.). Dans un second temps, nous essayons de rendre compte, pour la période contemporaine, des modes de recrutement et des trajectoires professionnelles des corps enseignants de l'Université dans différentes disciplines et cherchons à expliciter quelques uns des processus qui ont conduit à la promotion ou à la disqualification de certains courants de la pensée économique au sein du paradigme central. Enfin, grâce au recueil et à l'analyse de données longitudinales inédites, nous procédons au suivi d'une cohorte de plus de huit cents étudiants inscrits en première année de licence dans une dizaine d'établissements francophones, et ce, afin d'étudier aussi finement que possible l'action pédagogique des institutions du supérieur et de spécifier les effets propres de la scolarisation à l’économie. La comparaison internationale (France, Canada, Suisse, Belgique) traverse l'ensemble de ces recherches.

« La production du savoir. Carrières et compétitions dans l'enseignement et la recherche », dirigé par Pierre-Michel Menger, avec Colin Marchika, Simon Paye et Yann Renisio [Collège de France]

Ce projet vise, d’une part, à étudier les dynamiques de carrière des chercheurs et enseignants-chercheurs en explicitant les multiples logiques qui peuvent en rendre raison (organisation statutaire, mécanismes de sélection et d'incitation, productivité scientifique, actes d’enseignement et de service, caractéristiques institutionnelles, etc.) et, d'autre part, à établir une typologie des établissements et des disciplines en fonction de la composition des personnels enseignants. Mon travail au sein de cette équipe, consiste, entre autres choses, à contribuer à la construction d'un matériau bibliométrique permettant de faire face à la sous-représentation des revues de sciences humaines et sociales dans les bases de données traditionnellement utilisées. Je m'intéresse par ailleurs tout particulièrement aux spécificités des sections disciplinaires issues de l'ancienne Faculté de droit et à l'élucidation des déterminants de la réussite aux concours nationaux d'agrégation.

« Quel genre de carrière ? Première esquisse d'une sociologie des projets professionnels des étudiants du supérieur. », avec Yves-Marie Abraham [HEC Montréal]

Dans la plupart des pays occidentaux, les femmes gagnent, en moyenne, de l'ordre de 20-25% de moins que les hommes. Pour expliquer cet écart salarial, de nombreuses études, tant en sociologie qu’en économie, ont mis en évidence les diverses pratiques discriminatoires à l’embauche, à l’accès au temps plein, à la promotion ou à l’obtention d’une prime et ont également montré les effets négatifs de l'inégale division des tâches domestiques au sein des couples sur les carrières féminines. Peu de travaux empiriques ont toutefois, jusqu’à ce jour, été menés en amont de l’insertion sur le marché du travail en faisant porter la focale non pas sur les pratiques au sein de l’entreprise mais sur les processus, antérieurs, de socialisation entre les sexes qui peuvent effectivement conduire les diplômé-e-s à entreprendre des trajectoires professionnelles différenciées et produisant, ensuite, des inégalités de statut et de rémunération. Nous présentons les résultats d’une enquête par questionnaire menée auprès d’environ 500 étudiant-e-s en gestion inscrits en premier cycle à l’école des HEC de Montréal en 2014 ainsi que de l’analyse de deux séries d’entretiens réalisés à une année d’intervalle auprès d’une même cohorte. En premier lieu, nous commençons par quantifier les écarts de prétentions salariales à court et à long terme entre les étudiantes et les étudiants et verrons comment l'origine sociale module la relation qui existe entre le genre et le salaire désiré. Nous établissons ensuite une classification statistique suffisamment robuste des types d’emploi visés à la sortie du système universitaire par cette population étudiante et essayons de mettre au jour les différents types de représentations genrées qui participent à la construction d’un « choix » de carrière.

 « Combiner analyse de réseaux et ethnographie ou comment enquêter avec des listes de noms. Le cas de la nébuleuse communiste dieppoise », dirigé par Michel Offerlé [ENS].

Dans le prolongement d'une enquête ethnographique exploratoire menée sur les organisations sectorielles du Parti communiste dieppois qui a permis le recueil d'un grand nombre de listes nominatives, produites par ces institutions ou issues de la mémoire de différents militants, nous utilisons la méthodologie de l'analyse de réseaux pour analyser la structuration interne du conglomérat communiste au moment de son accession au pouvoir local. Nous montrons aussi l'utilité concrète, dans le cadre d’une recherche de terrain, de cette technique de traitement des données rarement mise à l’épreuve pour l’étude localisée des phénomènes politiques.

 « Sélection : séparation et élection. Les rites de consécration de l'École normale supérieure », avec Gabriel Alcaras [ENS]

À partir d'un travail de fond sur les archives de l'ENS de Paris, cette étude entend traiter d'une thématique classique en sociologie de l'éducation : la fonction sociale des épreuves scolaires. En élaborant un dispositif empirique inédit, fondé sur des modèles de régression par discontinuité, qui exploite le seuil d'admission à l'École normale, nous essayons notamment de mesurer l'effet proprement symbolique d'une institution sélective sur les destinées professionnelles des individus qui furent confrontés au concours. D'autres problématiques viennent, en outre, se greffer à ce programme de recherche : la ritualisation des pratiques de sélection ou encore les conséquences de la mixité, instaurée à partir de 1985, sont autant de pistes qu'il conviendra également d'explorer à moyen terme.

« Trajectoires sociales et cognition : approches neurosociologiques. », avec Maxime Bertoux [University of Cambridge]

Ce projet collectif a pour vocation d'apporter de nouveaux éclairages sur les conditions de genèse des dispositions individuelles, et ce, grâce aux apports méthodologiques de deux disciplines rarement associées : les neurosciences et la sociologie. En croisant l'analyse des trajectoires scolaires et professionnelles des acteurs d'institutions financières à l'analyse des résultats d'une batterie de tests cognitifs et de protocoles expérimentaux d'étude des comportements économiques (dévaluation temporelle, jeux de l'ultimatum, etc.), nous souhaitons proposer une contribution originale à la théorie de la socialisation.